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Moloka'i Hoe 2016 - Récit


Cette année le BWC (Belharra Watermen Club) pointe du bout de la rame le Pacifique Nord et la mythique traversée du Channel, 75 km reliant Moloka'i à Oahu : la délicieuse Moloka'i Hoe. Oahu, Kauai, Moloka'i ne sont que les mailles d'un chapelet d'îles que l'on nomme Hawaii.

Lieux excentrés, soufflés en surface par quelques points chauds, vagabondant il y a de cela plusieurs millions d'années dans tout le Pacifique, donnant naissance aux îles polynésiennes.


L'équipe du BWC débarque sur le tarmac vaporeux de l'aéroport de Kauai, la sandalette vissée au pied, premier signe d'un désir profond d'intégration et non pas comme diront les mauvaises langues d'un flegme décomplexé.

La sieste après le repas de midi est un autre signe de l'effort collectif à une meilleure adaptation et compréhension des vices et coutumes locales. À l'arrivée, la chaleur est supportable, rien à voir avec le hammam polynésien régnant pendant la Hawaiki Nui. On aurait pu nous appeler les « Huit Salopards », mais nous étions neuf : Bébert, Dan, Juju, Yan, Rémy, Manu, Alexey, Sylvain, Nico ; dix pour être précis, car accompagnés d'une fée bienveillante : Steff, notre kiné, médecin, cuisinière... bref, une nounou d'enfer.

Sur les plages scintillantes, au pied de l'Océan coquet, qui s'agite un jour d'essayage, drapé tour à tour de turquoise et de bleu salé, de jeunes couples viennent se fiancer et même se marier. Nous n'étions pas en voyage de noces, pour nous cela s'apparentait plus à un voyage de molosses. Affamés de glisse, rame, surf, body-surf, bump et down-wind ensanglanté. Nachos empilés recouverts de fromage fondu, crème fraîche, avocat et porc fumé. Il arrivait même parfois que nous défilions sur Waikiki les poches remplies en secret de Poké (poisson cru local) que nous gobions comme des cacahuètes salées, surfant sur des vagues de touristes japonais.

Nous résidions donc à Kauai la semaine précédant la course. Un véritable jardin anglais où l'art de la tondeuse est cultivé avec une assiduité toute britannique. Les brins d'herbe sont rangés les uns derrière les autres, de taille uniforme rasés ou tondus tous les week-ends, ils forment un tapis vert qui vient enrober l'île du Nord au Sud. Les herbes folles, elles, se cachent à la lisière des forêts compactes qui s'épanouissent sur le mont Waialeale, au sommet duquel il pleut chaque jour de l'année. Les flancs de la montagne sont rayés de rubans d'eau, vomis en torrents venant s'écraser cent mètres plus bas dans les vallées fertiles.

Le club de pirogue d'Hanalei nous prête gracieusement une OC6 pour que l'équipe prenne ses marques avec le type d'embarcation utilisée pendant la Moloka'i. Notre nouvelle compagne pèse 60Kg de plus qu’Olatuan notre V6 avec laquelle nous avons l'habitude de pirater au Pays basque. Sur les conseils d'Alexey, notre neuvième rameur qui a fait le déplacement du Brésil, nous nous entraînons à écoper rapidement et fréquemment. Cela va à l'encontre de la nature même du rameur, qui, accroché à sa pagaie ne peut se résigner à perdre du temps à faire tout autre chose que ramer, ramer, ramer... La quintessence de la rame est dans le fond d'une bouteille qui dérive au bon gré des vents océaniques.

Sylvain entretient des liens d'amitié avec la famille Bartlett depuis quelques années ; nous sommes reçus et traités à hauteur de cette amitié dans le plus pur esprit de l’Aloha. On nous prête entre autre trois magnifiques OC1 qui ne manquent pas de réveiller des fantasmes chez chacun d'entre nous. Il va falloir que ça glisse ! Ça tombe bien le vent est favorable et le fameux down-wind Kalapaki promet de nous livrer tous ses petits secrets. C'est quand nous apercevons les moutons sautiller et s'écraser sur la surface du Pacifique, formant des crêtes agacées, que la vision d'une proche glissade anarchique nous tire les zygomatiques pour ne laisser sur nos visages que des sourires de poupons innocents, découvrant le sein et la première tétée. Tout le monde à l'eau !

La séance d'entraînement se transforme en séance d'enterrement, j'oublie la douleur monotone qui s'échappe de mes séances hivernales passées à ramer sur le plat. Je m'entraîne au plaisir. Tout le monde est unanime : surfer, connecter, bumper, tous ces mots sont placés dans une seringue et injectés dans nos veines, dopant toutes nos sensations.

Après une semaine d'entraînement et de plaisir, malgré une désillusion quant aux origines du ukulele (portugaise), nous prenons joyeusement le chemin de l'épreuve finale. À Moloka'i nous sommes accueillis par Ron et sa femme, deux sommités dans le monde de la pirogue. Ron, personnification du guerrier Maohi, d'énormes rides dans lesquelles vient se lover la sympathie que même les vents dominants ne peuvent balayer. Ils nous ouvrent des portes sans serrure car entre rameur tout le monde possède la même clé. Nous sommes conviés la veille de la course à nous tricoter des pulls en spaghettis pour se protéger des coups-de-barre inhérents à une course de marathon. On nous bichonne les organes, cœur et estomac sont traités comme des pachas. Aloha est grand, Aloha tout puissant.

Le rameur comme l’éolienne marche grâce au vent, la palle propulse tout comme la pagaie, à la seule différence que pour le pagayeur le vent est un empêcheur de tourner en rond. Windguru pronostiquait un vent arrière, un vent pour la course, et tous nous buvions ces paroles de manière religieuse, nous voulions croire, notre foi était inébranlable. La perspective de surfer le chenal pendant six heures aiguisait nos papilles. Nos barreurs s'imaginaient déjà à table, tranchant avec leurs grandes pagaies l'océan comme ils tailleraient un gigantesque gâteau recouvert de crème fouettée. Ça n'est pas pour rien que glissade rime avec noyade, nous autres rameurs étions prêts à pousser jusqu'à l'asphyxie pour nous accrocher aux vagues qui nous porteraient comme un escalator, soulageant nos muscles et notre souffle dans l'effort.

C'est le camelback remplit d'émotions que nous entamions la course, chaque équipage s'appliquait à donner le meilleur, le prix des places se payait maintenant à la sueur du front, aucune promotion en perspective, aucun chavirage ou abandon prématuré. Pas question de concevoir une victoire au rabais. Très vite les meilleures pirogues prennent le large. Pour nous, la course se construit avec le paquet de pirogues dans lequel nous sommes aspirés après une heure de mer. Nous oublions vite les leaders dont les pensées filent trop vite vers l'arrivée à Waikiki. La bulle dans laquelle nous naviguons est peinturlurée d'une euphorie grandiose enivrée par des combats héroïques. Dans la réalité tout n'est que rame.


Nous bataillons sec avec le deuxième club d'Hanalei de l'île de Kauai pendant de longues heures, elle est là notre course, nous remontons avec lenteur les uns sur les autres. Puis, peu à peu d'autres pirogues rejoignent notre sphère toujours ouverte aux nouveaux membres. Entrée gratuite coup de tampon obligatoire, ambiance assurée. À l'entrée du chenal l'océan se démonte mais pas Steff, qui distribue, sans barbe et sans bonnet rouge, de copieux cadeaux remplis à ras-bord d'encouragements. Notre bateau suiveur fait le boulot proprement et les changements s'effectuent aussi rapidement que des décisions politiques.

Vient l'épreuve du changement : toutes les dix minutes trois rameurs sautent à l'eau pour se faire remplacer, ce qui pour un rameur, donne dix minutes de repos et vingt minutes de rame. Le changement c'est les mains devant : agripper le rebord de la pirogue et, dans la théorie, bondir telle l'otarie sur son tabouret. La grâce et l'aisance, c'est bien connu, sont des qualités présentes chez les écureuils et les otaries, mais très peu répandues au BWC. Le spectacle donna lieu, dit-on en sourdine, à une réécriture des règles du Twister.

Finalement les prévisions météo idéales s'évanouirent, nous avions maintenant un vent et une légère houle de trois-quarts arrière empêchant nos glorieux barreurs de fantasmer à quelque sieste charnelle à l'ombre d'un cocotier. Mais grâce à leurs talents conjugués à ceux du capitaine nous arrivions quand même à surfer. Un bon down-wind est une alternance de rame et de surf : pousser respirer, pousser respirer... le nouveau-né s'appelle plaisir, pour la Moloka'i nous avons été chanceux, ce sont des jumeaux.

Je ne me sens pas la mesquinerie de vous en révéler plus sur l'arrivée, au cas où vous auriez le privilège de le vivre un jour. Je tiens juste à remercier les trois copains qui, l'ayant déjà vécu nous ont laissés, nous les six novices : Dan, Bébert, Nico, Yan, Manu, Julien, savourer le dessert et souffler notre première bougie. Il est des aventures sportives qu'il ne faut pas louper. Tant l'inertie d'un groupe de neuf copains est fragile. Il est des moments qui se tatouent d'eux-mêmes sans encre ni aiguille. Un petit bout de vie qui s'ajoute à notre histoire et qui n'est pas prêt de s'effacer.

Molokai Hoe : 72 kms entre Molokai et Oahu. 100 pirogues de 6 rameurs au départ.

Equipage Belharra watermen club: Manu Ado, Remy Lavie, Sylvain Mercandalli, Dan Lerin, Nicolas Barrere, Bertrand Mazure,Julien Espinassou, Alexei B., Yan Dillenschneider, et Stephanie Blehaut.

N.E

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